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Les présentations de la maladie de Parkinson diffèrent avec l'âge

Nice, France - Lors d'un atelier pratique des Journées de Neurologie de Langue Française 2012, le Dr Christian Geny (neurologue, CMMR, Montpelier) et le Dr Frédéric Macia (neurologue, Centre hospitalier intercommunal de Toulon, La Seyne sur mer) ont rappelé les caractéristiques de la maladie de Parkinson des patients de plus de 75/80 ans comparées aux présentations observées chez les sujets plus jeunes.
« La maladie de Parkinson du sujet âgé est un problème particulièrement fréquent en raison du vieillissement de la population. Pourtant, elle est sous diagnostiquée. 42% des personnes vivant en institution sont non diagnostiquées », a précisé le Dr Christian Geny.
Une des raisons de ce défaut de diagnostic est que la présentation de la maladie devient plus complexe à partir d'un certain âge.

Plus de handicap non moteur avec l'âge

Les spécificités du Parkinson du sujet âgé sont, avant tout, les comorbidités (sarcopénie, ostéoporose, maladies articulaires…), et la polypathologie neurologique.
Parallèlement, les symptômes des sujets parkinsoniens âgés diffèrent de ceux des sujets jeunes comme l'a montré une étude sur 2389 patients avec une maladie de Parkinson qui a comparé les signes et les traitements de patients âgés de 43 à 66 ans à ceux des malades âgés de 78 à 92 ans.
Résultats : alors que la durée d'évolution est similaire chez les jeunes et les moins jeunes, le handicap non moteur est plus important que chez les moins de 78 ans. « Ce sera notre principale cible d'action », a indiqué l'orateur. Sur le plan cognitif, la démence est plus présente chez les sujets âgés (14% vs. 1%) et son évolution est plus grave. 
Au niveau moteur, les troubles axiaux et la bradykinésie sont plus fréquents que chez les plus jeunes. « La bradykinésie est le signe d'appel cardinal. Mais, chez le sujet âgé, sa détection peut être difficile et demande un peu d'expérience », a souligné le Dr Geny. Elle ne doit pas être confondue avec la raideur articulaire, les troubles de la programmation motrice en rapport avec un syndrome dysexécutif et le ralentissement moteur du syndrome dépressif.
Chez le parkinsonien âgé, le score moteur est élevé mais le handicap est rapidement important.
L'évaluation de la marche est un point essentiel. Les troubles de la marche chez le parkinsonien (à base étroite) sont à distinguer de la marche précautionneuse (peur de chuter), et de la marche à base élargie de la démence vasculaire et de l'hydrocéphale à pression normale. Il faut évaluer le handicap moteur qui y est associé (durée de marche quotidienne, capacité maximale de marche après motivation). Enfin, il est important d'identifier les raisons de la limitation de la marche (fatigue, douleur, motivation, dyspnée, équilibre). « Tout ce qui peut aider à la marche (aide humaine disponible, canne, déambulateur, rollator, semelles, chaussures) est important. C'est un objectif de soins et de prise en charge et qui va nous permettre d'accompagner ces patients », a noté le Christian Geny.
Au sujet des traitements, l'étude montre que 80% des sujets jeunes sont traités par bithérapie alors que 79% des sujets âgés reçoivent une monothérapie. Aussi, la dopathérapie est moins élevée chez les sujets âgés. « Ce qui peut suggérer un sous-traitement », a souligné l'orateur. Parmi les patients de plus de 75 ans, 23 % sont encore sous agonistes.
« Chez les personnes âgées, nous n'avons pas d'ambition thérapeutique majeure mais la prise en charge peut être optimisée grâce à la collaboration multidisciplinaire », a noté le neurologue.

Des signes parkinsoniens légers très présents dans la population âgée

Les signes parkinsoniens légers (parkinsonisme) sont un nouveau concept, en cours de validation, proposé par Louis ED et Bennet DA (New York, Etats-Unis) en 2007 . Les personnes âgées en sont souvent atteintes . Ils correspondent aux signes extrapyramidaux (marche, équilibre, rigidité, tremblement…) rencontrés chez le sujet âgé, non caractéristiques d'une maladie de Parkinson et évoluant lentement. A l'origine de ces signes, les hypothèses de lésions vasculaires a minima ou du vieillissement de la substance noire. D'après Louis ED et Bennet DA, la prévalence de ces signes est de 15% chez les patients de 75 à 80 ans. Ces signes évoluent rarement vers une maladie de Parkinson et augmentent le risque de mortalité.
Point important : un quart des patients atteints de signes parkinsoniens légers développe une maladie d'Alzheimer dans les 5 ans. A l'inverse, selon les études, 5 à 50 % des patients développent un parkinsonisme dans la maladie d'Alzheimer (69% bradykinésie, 20% rigidité, 14% tremblement). Le parkinsonisme dans la maladie d'Alzheimer est associé à un impact négatif sur le déclin cognitif, sur le placement en institution, et sur l'espérance de vie.
D'un point de vue neuropathologique, il existe une perte neuronale au niveau des noyaux gris centraux et de la substance noire beaucoup plus importante dans cette population parkinsonienne-Alzheimer que dans la population non parkinsonienne-Alzheimer.
En termes de prise en charge, la décision de traiter par des médicaments dépend des besoins spécifiques des patients. Mais, même les troubles parkinsoniens légers nécessitent une prise en charge par un spécialiste pour obtenir les meilleurs résultats possibles.

Une augmentation des syndromes différentiels

L'une des problématiques du Parkinson du sujet âgé, sont les syndromes différentiels. A titre d'exemple, « les syndromes parkinsoniens vasculaires sont deux fois plus fréquents chez les personnes âgées que chez les jeunes, autour de 15 à 20% », a indiqué le Dr Frédéric Macia.
Les diagnostics différentiels
  • les syndromes parkinsoniens secondaires vasculaires, par hydrocéphalie, médicamenteux ;
  • les Parkinsons « plus » : atrophie multisystème (MSA) et paralysie supranucléaire progressive (PSP) ;
  • la démence à corps de Lewy ;
  • l'enrayage cinétique primaire.
En cas de doute, l'imagerie et notamment l'IRM encéphalique permettent de distinguer la maladie de Parkinson des syndromes parkinsoniens vasculaires car dans la maladie de Parkinson, l'IRM est strictement normale.
Concernant les autres examens, le DAT scan a parfois un intérêt. Le test L-DOPA est, lui, controversé car le taux de faux négatifs peut atteindre 40%. Mais s'il est positif (>30%), il est prédictif d'une dopa sensibilité chronique. Dans le Parkinson vasculaire, l'idée est qu'il n'existe peu ou pas d'amélioration après la prise de L-Dopa. Cependant, une étude clinico-pathologique a montré que sur 17 cas, la moitié répondait correctement et 17% étaient d'excellents répondeurs.
« Il faut essayer la Levodopa de façon assez systématique en montant jusqu'à des doses d'un gramme. Mais il faut évaluer ces patients avant et après. Je réévalue à 3 mois et 15 jours à un mois après l'arrêt du traitement », a indiqué le Dr Macia.
 Auteur : Aude Lecrubier    

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