Recueilli par Floriane LECLERC
A l'occasion de la
Journée mondiale de la maladie de Parkinson, Sylvie Juston, 52 ans, malade depuis neuf ans, livre un témoignage qui va à l'encontre des idées reçues.
Quand avez-vous appris que vous étiez malade ?
C'était il y a neuf ans. J'étais venue consulter mon médecin, car
j'avais du mal à écrire, mes lettres étaient toutes petites. Il pensait
que j'avais
«la crampe de l'écrivain», mais le neurologue à qui
il m'a adressé m'a diagnostiqué un Parkinson. C'était brutal. Je n'y ai
pas cru, au départ. Pour moi, c'était une maladie de vieux. Et j'avais
43 ans ! Quand je l'ai annoncé à mon entourage, cela a été un choc. Mais
personne n'avait vraiment conscience de la maladie car, vu de
l'extérieur, j'allais bien.
Comment a évolué la maladie ?
Les symptômes sont apparus au fur et à mesure. Contrairement à ce que
l'on pense, tous les parkinsoniens ne sont pas atteints de
tremblements. C'est le symptôme le plus visible, mais il touche surtout
les personnes plus âgées. Les «jeunes parkinsoniens», entre 20 et
58 ans, sont surtout, au départ, atteints de raideurs. Et puis, il n'y a
pas un, mais des Parkinson. Dans mon cas, je n'avais ni tremblement ni
dyskinésie au début, j'éprouvais juste quelques raideurs. Puis, j'ai
traversé des périodes de dépression. Je rencontre aujourd'hui des
problèmes de concentration... Mais le symptôme le plus patent, c'est la
lenteur.
Comment votre entourage le vit-il ?
Mes enfants ont accepté ma situation, mais mon mari a eu plus de mal.
Cela a changé mes relations de couple. Il vit cette maladie moins bien
que moi. Il est déstabilisé ; pour lui, c'est l'inconnu. Moi, je suis
toujours dans l'instant, j'ai occulté le passé et je ne veux pas penser à
l'avenir.
Comment gérez-vous cette maladie au quotidien ?
J'essaie de vivre normalement. Je continue de faire des randonnées en
moto avec mes amis et, même si cela peut paraître incroyable, je
pratique toujours le tir. La seule différence, c'est que je m'arrête dès
que je sens mes membres se raidir.
Et au travail ?
Quand on a cette maladie, je pense qu'il est important de conserver
son activité. Mais c'est parfois difficile. Je travaille au conseil
général de la Drôme, où je suis en relation directe avec les élus. Quand
j'ai finalement déclaré ma maladie à mes supérieurs, afin d'obtenir un
aménagement de poste, on m'a proposé de travailler à l'accueil ! J'ai dû
me battre pour garder ma place. Aujourd'hui, j'ai appris à vivre avec
ma maladie. J'ai gardé mes responsabilités, mais je travaille souvent de
chez moi. Je ne supporte plus de travailler en équipe. On n'a pas le
même rythme que les autres, on vit au ralenti, cela nous demande
davantage d'efforts pour nous concentrer, nos gestes aussi sont plus
lents... Cela en exaspère plus d'un et puis, face aux autres, on sent le
décalage. Cela me renvoyait une image dégradante.
Les traitements existants sont-ils efficaces ?
Oui, mais ils ne font qu'atténuer les symptômes, ils ne les soignent
pas. Et la prise peut être contraignante. Je dois prendre mes comprimés
trois fois par jour ; chez certaines personnes, cela peut aller jusqu'à
une prise toutes les deux heures. Il existe aussi des effets secondaires
particulièrement gênants en cas de mauvais dosage. On peut développer
une forme d'addiction. Pour certains, c'est le jeu, d'autres le sexe...
moi, je me suis mise à collectionner les abonnements à des magazines
culturels. A un moment, j'avais treize abonnements !
Aujourd'hui, la maladie de Parkinson est-elle suffisamment reconnue ?
Les choses commencent à bouger, mais ce n'est pas assez. Trop de gens
confondent encore la maladie d'Alzheimer et celle de Parkinson. C'est
tout à fait différent : dans notre cas, il n'y a pas de perte de
mémoire... Le problème, c'est que les médecins non plus ne connaissent
pas bien la maladie. Il y a très peu de spécialistes et les généralistes
ne sont pas assez formés. Il n'y a pas assez de moyens attribués à la
recherche. Le plan Parkinson 2011-2014 lui attribue 3 millions d'euros.
Au final, cela revient à consacrer à peine 20 euros par malade.
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