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Méfiez-vous des thérapies non conventionnelles !

 
 
 
 
Face à la maladie, aux souffrances physiques et morales qu’elle entraîne, beaucoup d’entre nous sont tentés par des médecines « alternatives ». Quatre Français sur dix déclarent d’ailleurs avoir eu recours à ce type de médecines. Sont-elles sûres pour autant ?
Le Professeur Charles-Joël Menkes, membre de l’Académie de Médecine s’inquiète de la popularité des thérapies alternatives et de leur introduction dans les hôpitaux publics.
Méfiez-vous des thérapies non conventionnelles ! 

Entrepatients (EP) : Qu’appelle-t-on « thérapies non conventionnelles » ?

Charles-Joël Menkes (CJM) : Ces thérapies visent à améliorer les conditions de santé des patients. Cependant, il faut les différencier de la médecine dite conventionnelle qui repose sur des évidences, des preuves scientifiques. Des études comparent alors la thérapie à un placebo (technique non efficace substituée à la technique que l’on veut étudier, par exemple : un comprimé sans substance active) afin de mettre en évidence l’efficacité de la thérapie. Dans les thérapies non conventionnelles telles que l’homéopathie ou la réflexologie, la foi est mise en avant et la réalité de  leur efficacité n’est pas prouvée.
Certaines de ces pratiques remontent à l’Antiquité comme l’acupuncture. Lorsqu’elles possèdent des origines anciennes et que leurs pratiques persistent, il est logique de se demander si elles sont efficaces. Certains travaux ont donc étudié ces thérapies mais il est très difficile de comparer deux groupes différents. De plus, chaque personne réagit suivant sa sensibilité mais tout le monde est plus ou moins sensible à l’effet placebo. Prenons l’exemple d’une étude sur l’acupuncture réalisée en Océanie. Différents acupuncteurs se sont présentés à plusieurs groupes de patients. Les praticiens étaient soit habillés classiquement (avec une cravate et bien rasés), soit comme des guérisseurs en tenue traditionnelle, soit en tenue négligée, mal rasés et sales. L’étude a conclu que l’acupuncture était plus efficace lorsque le thérapeute était bien habillé ! Il existe donc un puissant effet placebo pour ce type de thérapie.
Il faut cependant différencier ces pratiques traditionnelles des pratiques basées sur le concept de l’énergie vitale (comme la biologie clinique qui a pour but de mobiliser l’énergie du corps pour corriger certains paramètres biologiques ou le Reiki qui tente de canaliser les énergies circulant dans le corps). Ces thérapies représentent un phénomène inquiétant qui est de plus en plus présent. Il faut surtout faire attention aux dérives sectaires.

EP : Quels sont les risques pour les patients ?

CJM : L’effet placebo n’est pas ennuyeux, les dérives sectaires sont par contre dangereuses. Petit à petit, les personnes adeptes de ces thérapies sont psychologiquement prises en charge par des gourous qui peuvent conseiller d’arrêter un traitement efficace. Ces personnes fragiles qui subissent les effets secondaires d’un traitement lourd peuvent être victimes de personnes peu scrupuleuses.
Un retard dans le diagnostic peut aussi être problématique. Une simple douleur peut être interprétée comme une douleur psychologique alors qu’il s’agit d’une maladie évolutive, or le traitement conventionnel est plus efficace lorsqu’il débute au stade initial de la maladie. C’est le cas d’une femme qui a consulté un manipulateur pour une douleur au dos. Cette douleur était en réalité une métastase et la manipulation a entraîné une paralysie.

EP : Comment ces pratiques pseudo-thérapeutiques peuvent-elles être présentes dans des hôpitaux publics ?

CJM : Depuis longtemps, des diplômes universitaires permettent de former des médecins, des étudiants en médecine ou des kinésithérapeutes à différentes thérapies comme l’acupuncture, les manipulations ou la mésothérapie. Cependant, aucune de ces thérapies n’a été validée scientifiquement de façon formelle !
Parallèlement à ces diplômes, les services hospitaliers ont ouvert des consultations de thérapies non conventionnelles (acupuncture ou sophrologie) sous réserve de la validation de leur efficacité. Un problème se pose alors : les hôpitaux publics peuvent devenir une vitrine pour ces thérapies et peuvent indirectement conduire à les officialiser. Or, elles doivent être observées avec beaucoup de prudence pour ne pas leur donner de l’importance. Il ne faut pas diriger les patients vers ces techniques en première intention,  plutôt que vers des techniques prouvées scientifiquement.

EP : Vous êtes à l’origine d’un rapport de l’Académie de Médecine sur les thérapies non conventionnelles dans les hôpitaux publics (le rapport devrait être présenté en assemblée générale le mois prochain). Quel est l’objectif de ce rapport ?

CJM : L’objectif de ce rapport est de faire le point sur la réalité scientifique et l’efficacité de certaines thérapies et notamment celles qui sont apparues dans les hôpitaux publics. Ce rapport les présentera avec toutes les réserves que cela peut apporter.


En attendant les conclusions du rapport, soyez vigilants ! Les thérapies parallèles peuvent vous apporter un certain bien-être mais ne doivent en aucun cas se substituer aux médecines conventionnelles. Saviez-vous qu’en France, il existe près de 4 000 « psychothérapeutes » qui n’ont suivi aucune formation de psychologie ?

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