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Peste soit des pesticides !

Paris, le vendredi 14 juin 2013 – Les pesticides destinés à lutter contre différents fléaux tels qu’insectes, "mauvaises" herbes, champignons et bactéries sont utilisés essentiellement dans l’agriculture mais sont en réalité présents partout dans l’environnement (air, eau, sol etc.). C’est un groupe de substances très diverses et très nombreuses (près de 100 familles chimiques : organophosphorés, organochlorés, carbamates, pyréthrinoïdes, triazines...soit 1 000 substances actives avec actuellement 309 substances phytopharmaceutiques autorisées en France) dirigées vers différentes cibles et agissant selon des mécanismes d’action variés.
Depuis une trentaine d’années, au travers des résultats d’enquêtes épidémiologiques, l’exposition professionnelle aux pesticides est suspectée de concourir à la survenue de différentes pathologies (cancers, maladies neurologiques, troubles de la reproduction). Ces mêmes enquêtes ont fait apparaître un risque possible d’effets délétères sur le fœtus et l’enfant en cas d’exposition même de faible intensité au cours des périodes sensibles du développement.
Ces constatations ont conduit la Direction générale de la santé à demander à l’Inserm de réaliser une revue de la littérature scientifique sur les risques sanitaires associés à l’exposition professionnelle aux pesticides, en particulier en secteur agricole, et sur les effets d’une exposition précoce du fœtus et du jeune enfant.

Une augmentation du risque de cancer de la prostate

Les experts pressentis ont retrouvé certains éléments déjà identifiés dans des méta-analyses antérieures à savoir une augmentation du risque de cancer de la prostate (de 12 à 18 %) chez les agriculteurs, les ouvriers de production de pesticides et les populations rurales. On note également une élévation du risque de cancers hématopoïétiques : lymphomes non hodgkiniens, myélomes et peut-être leucémies chez les professionnels exposés aux pesticides. Pour d’autres localisations en particulier le mélanome dont la prévalence est plus élevée en population agricole, l’incrimination des pesticides est plus difficile à démêler du fait du rôle concurrent possible de l’exposition aux UV lors du travail en plein air.
Une augmentation du risque de maladie de Parkinson est également observée en milieu professionnel exposé, en lien avec l’utilisation des herbicides et des insecticides. Le trop petit nombre d’études de qualité ne permet en revanche pas de confirmer une relation de cause à effet entre pesticides et risque accru de maladie d’Alzheimer et de sclérose latérale amyotrophique.
Enfin, l’examen de la littérature médicale suggère une augmentation du risque de morts fœtales et de malformations congénitales en cas d’exposition professionnelle maternelle aux pesticides ou même pour les enfants de femmes vivant dans une zone agricole. Certains travaux font état d’une atteinte de la motricité fine, de l’acuité visuelle et de la mémoire récente chez l’enfant exposé ainsi que d’une élévation significative du risque de leucémie et de tumeurs cérébrales.
Les mécanismes biologiques et moléculaires mis en jeu restent mystérieux. Si à la faveur de données épidémiologiques, certains pesticides ont pu être abandonnés et interdits, beaucoup restent en circulation dont les dangers ne sont pas toujours mesurés. A l’évidence, les recherches doivent se poursuivre pour caractériser les risques liés à chaque famille de pesticides et leur utilisation en milieu professionnel et dans la population générale. Tout en sachant qu’interdire une substance ne suffit pas toujours à en supprimer les effets : certains pesticides restent longtemps dans l’environnement…


Catherine Griffart

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