Par le Professeur Pierre Pollak,
Chef du Service Neurologie des Hôpitaux Universitaires de Genève
Comment prendre la dopa par rapport aux repas ?
Réponse : Il faut savoir quelle est
l’influence du repas sur l’absorption de la dopa. La réponse n’a
d’importance que chez les patients qui ont de très grandes fluctuations
motrices et dont la motricité dépend de l’absorption de la L-dopa ; il
faudra alors faire attention et on recommande de prendre la L-dopa en
dehors des repas, souvent 30 minutes auparavant sous une forme
d’absorption rapide et non à libération prolongée. Si, en revanche,
comme lors des premières années de la maladie, les performances motrices
sont constantes d’une heure à l’autre, cela n’a aucune importance.
Si
on prend en même temps de la nourriture et de la L-dopa, l’estomac se
ferme, c’est son rôle, et la durée de la fermeture est proportionnelle à
la quantité et à la composition du repas. Il faut qu’il y ait des
sécrétions acides, qu’il y ait un début de digestion pour que le bol
alimentaire soit libéré dans l’intestin. Avec un petit-déjeuner léger,
une demi-heure suffit à l’ouverture de l’estomac. Mais avec un déjeuner
copieux, l’estomac sera fermé pendant de nombreuses heures, et vous
pouvez prendre tous les comprimés que vous voulez, ils ne seront
absorbés qu’après l’ouverture du pylore… en fin d’après-midi, d’où une
phase off sévère et prolongée. Une deuxième raison tient à la
compétition du médicament avec les aliments. La L-dopa est une substance
naturelle, c’est un acide aminé qui passe dans l’intestin ; il doit
être absorbé au niveau de la barrière intestinale pour passer dans le
sang ; il parviendra alors au cerveau… pour être transformé en dopamine.
Or, le passage de la barrière intestinale est commun à tous les acides
aminés ; il va donc y avoir une compétition entre la L-dopa et les
autres acides aminés issus de l’alimentation. Si vous mangez beaucoup de
protéines (qui sont un ensemble d’acides aminés), il y aura plus de
compétition et une moindre absorption de la L-dopa. Chez 90 % des
patients cela n’a pas d’importance ; chez les autres, dont la motricité
dépend totalement de l’absorption, il faut prendre la dopa 20 ou 30
minutes avant de manger et manger peu à la fois. Il vaudra mieux faire 4
ou 5 petits repas dans la journée. Un grand repas bloquera l’absorption
de la L-dopa.
Réponse : Ce sont les troubles axiaux :
ils répondent favorablement dans un premier temps puis, chez certaines
personnes, de moins en moins bien (comme la parole ou l’instabilité). Il
est fréquent que lors des premières années de la maladie, sous
traitement, on ne se rende pas compte que les organes articulatoires ou
la marche sont aussi parkinsoniens… Après une dizaine d’années
d’évolution de la maladie, la parole peut devenir difficile, entraînant
une gêne sociale pour la communication. Le traitement neurochirurgical
n’améliore en général pas la parole. Ainsi, même quand on prend la
L-dopa, il y a moins de tremblements mais la parole n’est pas améliorée.
Cela veut dire qu’il y a des lésions dans les neurones qui commandent
les organes articulatoires et que ces lésions sont indépendantes de la
dopamine – puisque la partie dopaminergique est traitée par la prise de
médicament.
Réponse : Les trois techniques
s’adressent à des patients qui répondent à la L-dopa mais qui souffrent
des complications motrices – fluctuations ou dyskinésies. Dans quel cas
proposer un traitement plutôt qu’un autre ? Chaque thérapeutique a son
profil : la chirurgie est très efficace sur un tremblement sévère ;
l’apomorphine est un agoniste et peut donc donner des troubles
psychiques, plus facilement que les autres (la L-dopa aussi en donne,
mais très peu et très rarement) ; la Duodopa ®, on sait où on va, c’est
de la L-dopa, mais en continu. Le choix se fait en fonction des
symptômes de chaque patient et son avis est déterminant.
Cela fait 25 ans que l’on connaît la stimulation cérébrale profonde et nous allons fêter cette année les 20 ans de la stimulation du noyau subthalamique.
Il s’agit de moduler dans le cerveau le réseau moteur responsable de la
triade parkinsonienne (tremblements, akinésie, rigidité) et ainsi
supprimer les décharges neuronales anormales. De multiples études ont
confirmé que cette thérapeutique est efficace sur les complications
motrices de la dopathérapie (fluctuations et dyskinésies) avec un niveau
de risque raisonnable. Ce traitement permet d’économiser environ 60 %
de la dose de médicaments. La stimulation marche au très long cours et
c’est le miracle de cette thérapeutique. Mais elle n’empêche pas de
vieillir et, si l’évolution de la maladie du patient comporte
l’apparition d’autres symptômes que les troubles moteurs, la stimulation
demeurera inefficace sur ces autres symptômes.
Une grande étude, appelée Earlystim,
a eu lieu en France et en Allemagne. On a proposé à 250 patients soit
une stimulation des noyaux subthalamiques, soit le meilleur traitement
médical possible, cela au début des complications motrices (en moyenne
un peu plus d’un an seulement après leur apparition). Cette étude montre
très clairement, et seulement chez les patients opérés, une
amélioration de la qualité de vie incluant les actes de la vie
quotidienne, vie sociale, regard des autres… Une seule dimension n’a pas
été améliorée, la parole ; cela reste un défi pour la recherche. La
stimulation n’a pas fait mieux que les médicaments.
Quelles sont les complications de la chirurgie ?
Réponse : Il existe 1 % à 2 % de
complications sévères en chirurgie, il s’agit essentiellement de
saignement ou d’infection. C’est un taux relativement faible, mais dans
le cerveau ces complications peuvent être graves – hématome,
engourdissement d’une partie du corps, trouble de la parole… Il peut
aussi y avoir une infection, le matériel implanté étant porteur de
microbes ; il faut alors l’enlever, attendre la cicatrisation et
réopérer…

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