Longtemps
demeurée contemplative faute de thérapeutiques réellement efficientes,
la neurologie est désormais résolument interventionnelle − pour le plus
grand bénéfice des patients − qui sont traités plus précocement et plus
efficacement. Ce mouvement, poussé par le progrès fulgurant des
neurosciences, modifie la pratique des neurologues face à la majorité
des grands mécanismes physiopathologiques, tant vasculaires
qu’inflammatoires et dégénératifs. Les pathologies extrapyramidales, au
premier rang desquelles la maladie de Parkinson, participent pleinement
de cette révolution des pratiques. À titre d’illustration, la récente
étude EarlyStim démontre l’intérêt − en termes de qualité de vie − de
proposer la stimulation cérébrale profonde de façon précoce. La pompe à
apomorphine est, elle aussi, emblématique de cette nouvelle neurologie
décomplexée. Elle valide pleinement le concept de stimulation
dopaminergique continue pour contrôler les fluctuations motrices et non
motrices de la maladie de Parkinson, et son bénéfice est bien supérieur à
celui des traitements oraux, fussent-ils à libération prolongée.
Plusieurs facteurs contribuent ensemble à son renouveau ces dernières
années et à l’extension de son utilisation. Le perfectionnement
technique intéressant la pompe et les cathéters, de même que les progrès
portant sur l’esthétisme et la convivialité du matériel y participent
pleinement. Le développement de sociétés de service, à la fois fiables
et disponibles, à même d’assurer le soutien logistique au domicile des
patients, est un facteur tout aussi déterminant. En outre, l’utilisation
large de l’apomorphine ces dernières années en Europe permet de mieux
en cerner l’intérêt.
Les
résultats de l’étude OptiPump, récemment menée en France chez 150
patients bénéficiant d’une pompe à apomorphine et suivis de manière
exhaustive durant 6 mois, confirment, tant sur le plan des effets
moteurs et non moteurs que sur la qualité de vie, l’efficacité de la
perfusion continue d’apomorphine (1). Ils contribuent également
à briser nombre de clichés se rapportant à cette molécule. Ce n’est pas
un agoniste dopaminergique analogue aux agonistes per os ou en patch.
Elle a de fait un profil d’efficacité et de tolérance quasiment
superposable à celui de la L-dopa et n’induit pas plus d’hallucinations
ni de troubles du contrôle de l’impulsivité que la L-dopa. Elle est donc
utilisable chez les sujets âgés, y compris lorsqu’ils présentent un
déclin cognitif, mais également chez les sujets jeunes à plus forte
dose, pour parvenir chez eux au concept de monothérapie par pompe,
autorisant un excellent contrôle des fluctuations et des dyskinésies.
C’est ainsi que l’image ancienne de la pompe à apomorphine réservée aux
patients très évolués et contre-indiquée à la stimulation cérébrale
profonde est désormais battue en brèche (2). Sur le même modèle
que la pompe à insuline, proposée aux jeunes patients diabétiques dans
le but de préserver au plus tôt leur capital vasculaire, il est
envisageable que la pompe à apomorphine s’adresse à des patients
parkinsoniens tôt dans l’évolution de la maladie, dès lors que les
troubles moteurs sont susceptibles d’altérer leur vie personnelle et
professionnelle. Grâce à ce concept novateur, déjà appliqué par
plusieurs équipes françaises en pointe dans le développement de cette
technique, les patients assurent eux-mêmes la gestion du dispositif, sa
mise en place et son retrait. La pompe leur procure une parfaite
autonomie dans la vie courante, y compris lors des déplacements et des
vacances, et leur donne, élément majeur du bien-être psychique, un degré
certain de maîtrise et de contrôle des symptômes de leur maladie.
L’incidence de la maladie de Parkinson augmentant chez les sujets
jeunes, le niveau d’exigence des patients parkinsoniens quant au
contrôle de leurs symptômes s’accroît, de façon légitime, poussant les
neurologues à intervenir plus tôt et plus efficacement. Afin de valider
ce concept avec un haut niveau de preuve, l’étude EarlyPump est en cours
d’élaboration en France. Des programmes spécifiques d’éducation
thérapeutique complètent le dispositif qui contribue à l’engouement pour
cette technique, améliorant considérablement la gestion des éventuels
effets indésirables.
C’est
dans cet esprit que le CHU de Rennes propose depuis octobre 2012 aux
professionnels de santé de l’ensemble du territoire un programme
d’accompagnement à la mise en place et au suivi des pompes. Il comprend
une hotline dédiée, du lundi au vendredi de 9 heures à 17
heures (02 99 28 43 84). En pleine expansion, l’utilisation de la pompe à
apomorphine intéresse les autres continents, en particulier américain,
de même que l’Australie et le Japon. Une étude européenne est en cours,
destinée à apporter le niveau de preuve demandé par la Food and Drug
Administration pour autoriser son développement aux États-Unis. Ainsi,
malgré des prémices déjà anciennes, l’histoire de la pompe à apomorphine
n’en est assurément qu’à ses débuts.
Bonjour, article très intéressant ! A ma dernière visite, mon neuro m'a proposé la pose de cette pompe et au vu de cet article, je vais me lancer... j'aimerais avoir des témoignages de personnes l'ayant testée, un des effets secondaire, d'après ce que j'ai lu, est l'apparition de nodules... y'a t'il un moyen de les éviter ?
RépondreSupprimerJe m’appelle Fabyenne, j'ai 51 ans et suis diagnostiquée depuis 2010, j'habite en Basse Normandie.
Merci par avance !