Accéder au contenu principal

Stimulation cérébrale profonde : une révolution toujours en marche

 



Le 8 septembre dernier, le Lasker-Debakey Clinical Medical Research Award récompensait la contribution de deux pionniers de la stimulation cérébrale profonde : un neurochirurgien français, Alim-Louis Benabid et un neurologue américain, Mahlon DeLong. Il faut dire que leurs travaux ont permis de soulager plus de 100 000 patients souffrant de maladie de Parkinson ou d’autres troubles neurologiques ou neuropsychiatriques. Michael S Okun retrace à cette occasion, l’histoire du traitement de la maladie de Parkinson, rappelant tout d’abord que, avant les années 1960, la plupart des malades devaient vivre en institution et que l’on pratiquait à l’occasion, des destructions chirurgicales de certaines régions des ganglions de la base avec à la clé des déficits  fonctionnels et cognitifs irréversibles. L’arrivée de la levodopa a donc radicalement changé la vie de nombreux malades qui pouvaient vivre chez eux presque normalement. Cependant certains symptômes ne répondaient pas à ce traitement qui peut par ailleurs induire des effets secondaires.
C’est au début des années 1970 qu’entre en scène le neurologue Mahlon DeLong alors qu’il travaille au sein du National Institutes of Health.  Tandis que la plupart des chercheurs s’intéressaient plutôt au cortex moteur et au cervelet, il s’est focalisé sur les ganglions de la base, dont l’anatomie et la physiologie étaient très peu connues et comprises à l’époque. Il a ainsi pu décrire l’activité électrique des neurones de cette zone. En 1986, avec Garrett Alexander et Peter Strick, il introduisait une nouvelle conception des ganglions de la base et des régions associées du cortex et du thalamus qui sont constituées de zones anatomiquement et fonctionnellement distinctes. De plus, il apparaissait que de nombreuses affections neurologiques et neuropsychiatriques étaient associées à un dysfonctionnement dans certains circuits spécifiques situés entre le cortex et les ganglions de la base.  Mahlon DeLong, Hagai Bergman et Thomas Wichmann ont conforté ces notions en détruisant le noyau sous-thalamique d’un primate ayant une maladie de Parkinson ce qui a provoqué une amélioration des symptômes. La porte venait donc de s’ouvrir pour une modulation électrique des circuits cérébraux impliqués dans la maladie humaine. Et c’est Alim-Louis Benabid qui l’a courageusement franchie.
En 1987, alors qu’il avait déjà opéré l’un des hémisphères d’un homme âgé soufrant de tremblements, et craignant des effets secondaires en cas de lésion effectuée dans l’autre hémisphère, il eut l’idée d’introduire une sonde de plusieurs centimètres et d’exercer une stimulation à une fréquence plus élevée que celles habituellement utilisées en neurochirurgie. Le dispositif a ensuite été connecté à une pile externe et s’est révélé extrêmement efficace. AL Benabid et Pierre Pollack ont alors poursuivi cette aventure et peaufiné leur compétence dans ce domaine.
Grâce à ces avancées, on comprend aujourd’hui que le cerveau humain fonctionne en grande partie en fonction d’oscillations rythmiques qui se répètent continuellement  et modulent les fonctions cognitives, comportementales et motrices. Si une oscillation est perturbée, il peut s’ensuivre un tremblement ou d’autres symptômes de maladie de Parkinson ainsi que d’autres pathologies. La stimulation cérébrale profonde a ainsi été évaluée pour traiter le tremblement essentiel, les épilepsies, les dystonies et dans certains cas, des troubles obsessionnels compulsifs, des dépressions, des maladies d’Alzheimer et des syndromes de Gilles de la Tourette.  Il faut néanmoins rappeler qu’il s’agit d’une intervention délicate qui a ses propres effets secondaires, qui peut ne pas être efficace sur tous les symptômes et qu’elle est réservée aux cas résistant aux autres thérapeutiques. De plus, les mécanismes sous-tendant ses effets ne sont pas encore réellement compris. Quoi qu’il en soit, ces progrès permis par les recherches de deux spécialistes « extraordinaires »  ont contribué à l’émergence de nombreux travaux multidisciplinaires et à la naissance d’une nouvelle ère, celle de la modulation des réseaux neuronaux du cerveau humain.
Dr Patricia Thelliez

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Maladie de parkinson : quand finit la lune de miel…

A. MARTENS DE NOORDHOUT, Service universitaire de neurologie, Hôpital de la Citadelle, Liège La «lune de miel» entre le patient parkinsonien et son traitement à visée dopaminergique s’installe dès le début de celui-ci, s’il est bien toléré, et pour une durée de cinq à dix ans. Cet article s’intéresse aux problèmes et aux solutions que l’on peut appliquer lorsque la lune de miel se termine, c’est-à-dire au début des fluctuations (surtout motrices et dans une moindre mesure non motrices) de réponse au traitement. La théorie de la neurotoxicité de la lévodopa est rappelée. Le traitement doit être taillé sur mesure en fonction de l’âge du patient, les symptômes qui prédominent, les pathologies connexes, l’insertion professionnelle et sociale, et le support apporté par l’entourage. L’auteur envisage, sur base de son expérience, de nombreux cas de figure et propose des solutions spécifiques. Préambule En guise de préambule, cet essai n’est pas une revue exhaustive des recommandati...

Reconnaissance de la maladie de Parkinson comme maladie professionnelle

Comme cela avait été annoncé lors du salon de l'agriculture, les tableaux des maladies professionnelles en agriculture ont été révisés par un décret publié dimanche 6 mai au Journal Officiel. Un nouveau tableau (n°58), annexé au livre VII du code rural et de la pêche maritime, fait ainsi son apparition et reconnaît «  la maladie de Parkinson provoquée par les pesticides  » comme maladie professionnelle. Le décret désigne par le terme de pesticides l’ensemble des « produits à usages agricoles et produits destinés à l'entretien des espaces verts (produits phytosanitaires ou produits phytopharmaceutiques) » ainsi que les biocides et les antiparasitaires vétérinaires. Dans la liste indicative des travaux susceptibles de provoquer la maladie de Parkinson figurent la manipulation des pesticides par contact ou par inhalation, le contact avec les cultures, les surfaces et les animaux traités par ces produits ou encore l'entretien des machines servant à diffuser ces produits. D...