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Parkinson : une pathologie presque à dormir debout


Plusieurs centaines de personnes ont assisté à la conférence organisée samedi au CHU de La Timone par l’association France Parkinson à l’occasion de la journée mondiale dédiée à cette maladie dégénérative. Photo Migué Mariotti L'utilisation de l'article, la reproduction, la diffusion est interdite - LMRS - (c) Copyright Journal La Marseillaise

Au-delà des tremblements, cette maladie engendre aussi des troubles méconnus du grand public. Explications en compagnie d’associatifs, chercheurs et médecins au CHU de La Timone.

Des mouvements désordonnés et ralentis, des tremblements. Souvent perçue à travers ces seuls symptômes, la maladie de Parkinson revêt pourtant bon nombre d’autres aspects. Fatigue, anxiété, dépression ou encore troubles du sommeil, les maux que cette pathologie entraîne sont légion. « C’est très complexe. Les signes sont essentiellement moteurs, mais il y en a d’autres », prévient le Pr Jean-Philippe Azulay, chef du Pôle neurosciences cliniques de l’hôpital de La Timone, invité samedi à l’occasion de la journée mondiale consacrée à cette affection.


La recherche avance en France, et à Marseille en particulier


Guérira-t-on un jour de la maladie de Parkinson ? A chaque colloque, la question revient. Et la réponse reste encore difficile à fournir. Samedi lors de la journée organisée à La Timone (lire ci-contre), Marianne Amalric, présidente du comité scientifique de France Parkinson, a dressé un état des lieux des avancées dans ce domaine. Relativement optimiste, la directrice de recherche au CNRS, rappelle qu’à l’heure actuelle, « on ne connaît pas précisément ce qui provoque la maladie. Cela dit, on en a une idée. Ce sont à la fois des facteurs environnementaux, et plus particulièrement, l’usage de pesticides, et des causes génétiques ».
Voilà pourquoi certains chercheurs s’orientent vers l’émergence de marqueurs génétiques. « Cela permettrait de détecter la maladie suffisamment tôt, explique Marianne Amalric. Car, pour le moment, les gens découvrent qu’ils sont malades quand 60% de leurs neurones à dopamine [responsables de la pathologie, ndlr] sont atteints ». 
Bon nombre de chercheurs se penchent également sur les pistes curatives. Parmi lesquelles : le recours à des enzymes fonctionnant comme des « vaccins » pour éviter la propagation de la maladie. Avec l’équipe qu’elle dirige au laboratoire de neurosciences cognitives d’Aix-Marseille Université (site de Saint-Charles), Marianne Amalric travaille, quant à elle, sur les symptômes non moteurs de la maladie de Parkinson (dépression et anxiété). « Mais tout cela est possible grâce aux dons des patients. L’association France Parkinson a pu récolter près de deux millions d’euros pour la recherche, insiste la scientifique. Et il y a de nombreux projets. Sur les trois dernières années, nous avons reçu plus de 150 demandes de financements. »
M.D.

Spécialiste du sommeil, le Dr Valérie Cohen de Cock, qui officie à Montpellier, bat en brèche quelques idées reçues. « L’apnée du sommeil ne concerne pas que des gens en surpoids, commente-t-elle. Certains patients parkinsoniens en souffrent aussi. » Pour résoudre ce problème, la neurologue envisage différentes pistes, pas nécessairement médicamenteuses. « Cela peut passer par de la kinésithérapie. Parce qu’on s’est aperçu que 95% des personnes concernées par ce trouble ont du mal à se retourner dans leur lit. » Obligées de dormir sur le dos, faute de pouvoir changer de position par elles-mêmes. Autres ennuis causés par Parkinson : la somnolence diurne et/ou l’insomnie. Un paradoxe.

Un réseau d’experts

Dans la salle une dame confirme : « Je n’en ai pas l’air. Mais je suis terriblement fatiguée. Je n’arrive plus à dormir. J’ai l’impression que personne ne me comprend. On m’a fait essayer toutes sortes de remèdes », soupire-t-elle. Confiante, la neurologue réplique : « Vous êtes confrontée à notre impuissance. Mais il est possible d’envisager des stratégies alternatives. » Encore faut-il les connaître. « C’est pour cela que nous mettons en réseau des professionnels qui ont une certaine expertise », souligne le Pr Azulay, dont le service a été labellisé centre de coordination interrégional de la maladie de Parkinson. Même certitude pour Catherine Chaptal, responsable de France Parkinson à Marseille : « Il faut que les professionnels de santé soient formés aux spécificités de cette maladie. » Et Amandine Lagarde, une kinésithérapeute impliquée dans l’association de relever que « l’on apprend cela durant le cursus général. Mais on l’oublie vite si on ne pratique pas. » Comme cette petite astuce qui consiste à leurrer le cerveau lorsque les neurones malades empêchent d’accomplir un mouvement : « Il faut aider le patient à imaginer un obstacle virtuel. » Une simplicité déconcertante, mais qui s’enseigne.
Marjolaine Dihl

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